J’ai ouvert ce matin avec Massimo d’Alema, à l’Assemblée nationale, le colloque “Renaissance pour l’Europe” organisé par quatre fondations progressistes européennes. Fruit du travail de plusieurs fondations européenne, y participent des représentants des partis socialistes et socio-démocrates européens et des economistes. François Hollande prononcera demain le discours de clôture au cirque d’hiver.
Ce séminaire de réflexion se tient à un moment particulièrement important pour la social-démocratie dont le message européen est attendu, à la veille d’échéances électorales essentielles, à commencer par l’élection présidentielle française vers laquelle se tourne le regard des forces progressistes qui, ensemble, sont déterminées à ouvrir une autre voie pour l’Europe.
Nous n’avons pas le droit de décevoir les peuples en souffrance – je pense à la Grèce – ou ceux, encore plus nombreux, tenaillés par l’inquiétude et l’absence de perspective. L’Europe protectrice ne doit pas être seulement un slogan ; elle doit être une réalité pour tous, notamment pour les plus fragiles et les plus démunis dont on connaît le scepticisme à l’égard de la construction européenne. De ce fait, l’Europe ne saurait se réduire à un espace de surveillance et de sanction où seules les politiques d’austérité auraient droit de cité tandis que celles concernant la justice sociale et la cohésion seraient bannies. Ce déséquilibre est devenu de plus en plus en plus insupportable. Il sape même la crédibilité démocratique de la cause européenne. Nous avons donc un devoir de vigilance et de proposition !
Contrairement à ce que certains laissent entendre, il existe bien une Europe progressiste face à une Europe conservatrice qui revêt au gré des circonstances tantôt les habits du libéralisme tantôt ceux du repli sur soi, voire du nationalisme. Nous le savons, la politique européenne est devenue avec le temps un pan de la politique intérieure plus qu’un aspect de la diplomatie traditionnelle, tant elle touche au quotidien de nos concitoyens qui mesurent de plus en plus clairement combien les notions d’emploi, de croissance, d’innovation, de solidarité et de cohésion sont indissociables d’une certaine vision de l’Europe. Or, cette Europe à laquelle nous sommes tous attachés, est – faut-il le rappeler – la première puissance économique du monde, avec 500 millions d’habitants. Elle constitue un potentiel de croissance considérable. Elle ne peut pas, elle ne doit pas se résoudre à s’effacer du monde face à de nouveaux géants. Bien au contraire, elle doit se préparer à peser sur les destinées de la planète en s’organisant de manière plus efficace et en revoyant, sans doute, sa gouvernance. Face aux désordres qui y règnent, plus que jamais sa voix doit être entendue.
Si la responsabilité budgétaire est un impératif que personne ne conteste – François Hollande l’a maintes fois répété –, force est de constater que les politiques d’austérité mises en œuvre simultanément par les gouvernements conservateurs de l’Union européenne menacent de plonger un peu plus l’Europe dans la récession. La majorité des économistes s’accorde à penser que les résultats obtenus jusqu’ici sont fragiles et qu’il faut aller plus loin. Alors que l’Europe n’est pas sortie de la crise, que la croissance stagne et menace même de devenir négative chez certains de nos partenaires, que le chômage et la pauvreté continuent de croître dans de nombreux pays de l’Union européenne et qu’une fracture risque de s’ouvrir entre le Sud et le Nord, nous devons prendre des initiatives pour stimuler la croissance. C’est une obligation à la fois économique et éthique. C’est la voie qu’il nous faut emprunter pour que l’Europe retrouve la confiance de nos concitoyens.
Plusieurs pistes sont envisageables : renforcement des interventions de la Banque européenne d’investissement (BEI) ; réorientation du budget de l’Union européenne vers une gestion plus cohérente des fonds structurels en faveur de la croissance, l’emploi, la compétitivité et la justice sociale ; mise en œuvre de « projets bonds » destinés au financement de nouveaux projets d’infrastructures, d’innovation technologique et de conversion écologique.
A ce titre, il est dans l’intérêt de tous les Européens de se doter de grands programmes à l’échelle de l’ Union pour initier une politique de l’énergie commune. Notre vieux continent dispose de toutes les ressources et les compétences pour initier la « troisième révolution industrielle » qui serait de fait une révolution technologique, celle du XXIe siècle, en combinant par exemple le développement des énergies renouvelables et le secteur des technologies digitales.
Ce sont les priorités que les socialistes français et leur candidat à l’élection présidentielle entendent défendre dans le cadre d’une renégociation du traité budgétaire intergouvernemental : il ne s’agit pas de briser ce qui existe mais de le compléter par un volet volontariste sur la croissance et l’emploi. Dans le prolongement de cette réorientation de la politique européenne, nous appelons également de nos vœux la mise en place d’euro-obligations permettant de mutualiser une partie des dettes souveraines impliquant à la fois une gestion commune d’une partie de la dette publique et un partage des risques au niveau européen. Quelle meilleure preuve de solidarité ? Il faut aussi avoir le courage de repenser le rôle des institutions existantes, à la lumière de la crise. Je pense notamment à la Banque centrale européenne (BCE) dont la nature doit évoluer vers celle d’un prêteur en dernier ressort. De même, le pare-feu que représente le Mécanisme européen de stabilité( MES) doit être mieux doté pour faire face aux risques financiers qui demeurent.
Mais rien de cela ne sera durable sans un nouveau saut démocratique en Europe. J’en appelle à un renforcement des contrôles démocratiques sur les politiques européennes par le Parlement européen et par les Parlements nationaux. De même, la clause du traité de Lisbonne qui attribue au Parlement européen le droit de choisir un Président de la Commission de la couleur de la majorité issue de la prochaine élection devra être mise en œuvre. Nous ne devons pas avoir peur d’une Europe plus politique. Cette nouvelle étape de la démocratie européenne doit permettre de surmonter le doute dont nos concitoyens sont saisis dès qu’il s’agit de la légitimité des institutions européennes perçues comme lointaines et déconnectées de la réalité. Nous devons redonner sens à la construction européenne. C’est l’un des enjeux majeurs que la social-démocratie se doit de relever.
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