Le blog de Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et Conseiller spécial de François Hollande
Le blog de Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et Conseiller spécial de François Hollande
Le candidat qui s’écoute parler n’a vraiment plus rien à dire aux Français. Il l’a montré crûment en passant plus de temps à commenter et caricaturer les propositions de François Hollande qu’à exposer sa vision du pays. Toutes ses propositions sont restées vagues, imprécises, contradictoires.
Son programme officiel est le fantôme de son quinquennat raté. Pas la moindre idée novatrice, pas la plus petite trace d’audace, d’égalité ou simplement de justice (mots absents de sa conférence de presse). M. Sarkozy ressasse ses vieilles rengaines, le travail, l’autorité, la responsabilité, la compétitivité, mais leur contenu ne sont que la reproduction en pire de ce qu’il a commis pendant 5 ans : la flexibilité du travail, la paupérisation des services publics et des collectivités locales, les attaques contre les syndicats, le dialogue social et les corps intermédiaire ; la multiplication des taxes et des inégalités ; la privatisation de la protection sociale.
Cette purge libérale, c’est le programme caché et inavoué de M. Sarkozy. Qu’il ait conduit la France et l’Europe au bord du précipice ne le dérange pas. Avec lui, tout devient possible, surtout le pire !
Nous sommes prêts à agir pour le redressement de la France, dans la justice et sans délai: tel a été le message de François Hollande lors du meeting qu’il a tenu à Rennes hier soir devant 18000 personnes. S’il est élu, il n’attendra pas: la situation exige cette urgence. Les premières réformes structurelles seront engagées dès l’été. Le changement sera immédiat, avec et pour les Français.
Pour Jean-Marc Ayrault,président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy prévoit de remettre en cause le pacte social français. Les sondages donnent Hollande largement vainqueur.
François Hollande est-il prêt à être président?
JEAN-MARC AYRAULT. Le PS n’a jamais été aussi prêt à assumer le gouvernement de la France. Le changement se concrétisera dès le premier jour et se poursuivra pendant tout le quinquennat, avec une méthode nouvelle : la mise en mouvement de tous les acteurs de la société et la recherche d’un compromis historique entre l’Etat, les forces économiques et le monde du travail.
Quelles seraient les toutes premières mesures?
La priorité, c’est de redonner confiance aux Français en améliorant la vie quotidienne et le pouvoir d’achat. Les premiers décrets concerneront, dès la mi-mai, l’augmentation de 25% de la prime de rentrée scolaire, le blocage des prix des carburants, le rétablissement de la retraite à 60 ans pour les salariés qui ont leurs années de cotisation et la mise en place du système de caution solidaire pour permettre l’accès au logement. Nous doublerons aussi immédiatement le plafond des livrets d’épargne pour financer la construction de logements et relancer l’industrie.
Et dans les mois qui suivent?
D’abord, alléger le poids des dépenses contraintes : nous mettrons en place avant la fin de l’année l’encadrement des loyers et le tarif progressif de l’eau et de l’énergie (gaz et électricité). La TVA Sarkozy sera abrogée. Ensuite, débloquer l’emploi : une loi sera votée pour créer dès la première année 100000 emplois pour les jeunes et instaurer le contrat de génération. Parallèlement, nous engagerons les grandes réformes de structures : la baisse du déficit, la réforme fiscale, la réforme éducative, et nous lancerons le grand débat sur la transition énergétique. Enfin, nous transmettrons à nos partenaires européens un mémorandum fixant les propositions de François Hollande pour renégocier le traité en faveur de la croissance. Notre idée-force : c’est la justice qui sera le moteur du redressement.
Prévoyez-vous d’augmenter le smic au 1er juillet?
Une conférence nationale avec les partenaires sociaux sera convoquée dès la mi-juillet : emploi, formation, encadrement des licenciements boursiers, politique salariale. Ce sera un donnant-donnant : sécurité pour les salariés, compétitivité pour les entreprises. C’est dans ce cadre-là que seront discutées l’augmentation du smic et son indexation sur la croissance.
Nicolas Sarkozy présente demain son programme…
Il a en effet un projet, mais c’est un programme caché, parce qu’il est inavouable. C’est la purge libérale et brutale, comme celles de Cameron en Grande-Bretagne ou Rajoy en Espagne. Privatisation de l’assurance maladie, flexibilité accrue pour les salariés, prise en charge de la dépendance par les assurances privées… Ce n’est pas un hasard s’il a pris pour cible tout ce qui concourt à la solidarité collective : les collectivités locales, l’éducation, la protection sociale, les syndicats. Son adversaire, c’est le pacte social français.
S’il est réélu, ce sera son dernier mandat. Nicolas Sarkozy n’aura plus aucune entrave.
Je tiens à dénoncer son vraiprogramme, caché, inavouable, véritable rupture avec le modèle social français, adversaire de ceux qui sont actuellement au pouvoir. Selon eux, il serait responsable du déclin de la France. Quelle magistrale erreur! Il suffit d’écouter les propos de Mme Parisot, présidente du Medef: elle dit tout haut ce que Nicolas Sarkozy n’ose pas formuler. Mais à travers les syndicats, c’est bien aux salariés, aux classes populaires et au pacte social qu’il s’attaque.
Ce que Nicolas Sarkozy prépare réellement, c’est un plan d’austérité très sévère à la britannique ou à l’espagnole. Il provoquera l’augmentation brutale des impôts locaux, avec une mise en cause sans précédent des collectivités locales: selon Bruno Lemaire, avec qui j’ai débattu hier soir au Collège des Bernardins, ils sont même “prêts à faire un référendum pour combattre les politiques locales”.
François Hollande annoncera lui cette semaine les premières mesures qui seront prises sans attendre s’il est élu. Ces mesures concerneront le pouvoir d’achat, les retraites, l’emploi des jeunes. A titre d’exemple, nous n’attendrons pas l’année prochaine pour mettre en œuvre les emplois d’avenir. Le changement se fera pour et par les Français, et il sera immédiat.
A tous ceux qui pensent qu’on ne peut rien changer, à tous ceux qui ne croient plus en la politique, je vous le dis: nous pouvons y arriver ensemble. Le changement, c’est maintenant!
Il a une nouvelle fois prétendu la semaine dernière qu’il “il y a eu 50% d’augmentation d’embauches depuis que François Hollande est président du Conseil Général” de Corrèze.
C’est entièrement faux. L’évolution des effectifs du Conseil général de Corrèze est marquée par une grande stabilité : le nombre d’agents du département est passé de 1335 au 1er janvier 2008 à 1301 au 1er janvier 2012.
Depuis 2008, la gestion de François Hollande est celle du redressement des comptes du département tout en maintenant les priorités sociales, avec des dépenses maîtrisées et des effectifs stabilisés.
L’UMP matraque l’argument corrézien depuis quelques temps la Corrèze est le département le plus endetté de France. L’UMP a simplement tendance à oublier un détail : le département en question a été géré par la droite jusqu’en mars 2008… année où le PS est devenu majoritaire et François Hollande président du conseil général.
Or, en 2008, le département était déjà le plus endetté de France, c’est sous le mandat précédent que la dette est passée de 35 millions en 2001 à près de 300 en 2008. Au budget 2012, elle est de 363 millions. Ainsi, quand Jean-François Copé parle d’une augmentation de la dette de 110 millions d’euros, il choisit un intervalle qui l’arrange (2007-2011) et mélange les époques : les deux premiers budgets ont été votés sous la précédente majorité UMP.
La droite est très mal placée pour donner des leçons de gestion. En Corrèze comme en France, la droite c’est la dette, la dépense, et les hausses d’impôts :
- en France, la droite a creusé la dette de 612 milliards d’euros ;
- en Corrèze, la droite a laissé une dette de 300 millions d’euros.
Les mensonges de Jean-François Copé ne feront pas oublier le boulet du bilan qui est celui de Nicolas Sarkozy.
L’intrusion du Premier ministre dans la procédure d’instruction de l’affaire Bettencourt est une faute grave. Faute politique : le chef du gouvernement est censé être le garant du bon fonctionnement des pouvoirs publics, pas de se mêler des affaires de la justice. Faute civique : l’autorité et l’indépendance de la justice ne peuvent pas être respectées tant que pouvoir intervient dans les procédures judicaires qui le mettent directement en cause.
Que M. Fillon ait regretté son commentaire ne change rien. Depuis le début de cette affaire, comme dans tous les scandales qui ont jalonné le quinquennat, l’Elysée et le gouvernement et l’UMP n’ont cessé de multiplier les pressions et les intimidations sur les magistrats, mais aussi sur la presse, qui tentent de démêler les faits. Le candidat du peuple qui se veut si sévère sur le respect de la loi est le premier à s’en affranchir et à chercher par tous les moyens à s’en couvrir.
Il faut que cela cesse. François Hollande s’est solennellement engagé à rétablir l’exemplarité de l’Etat en interdisant l’intervention de la chancellerie dans les affaires individuelles et en réformant le statut du parquet pour le rendre indépendant de l’exécutif. C’est à ce prix que les Français retrouveront confiance dans l’institution judiciaire.
Aristide Briand est de ceux qui ont laissé une trace indélébile dans la mémoire collective et dont le nom évoque immédiatement l’espoir dans l’avenir. Il fut de ces hommes exceptionnels qui nous ont montré le chemin. Lui qui voulait parler européen, « cette langue nouvelle qu’il faudra bien que l’on apprenne», reste une source d’inspiration, plus que jamais d’actualité face aux tiédeurs européennes.
Comme il l’avait pressenti, c’est toujours le couple franco-allemand qui est le moteur de la construction européenne. De sa solidité, de la conviction européenne des dirigeants respectifs des deux pays dépendent les pas nouveaux vers une Europe puissance, fondée sur la liberté, la démocratie et le progrès économique et social. Il faut mesurer aujourd’hui la modernité de la méthode d’Aristide Briand, la justesse de sa vision pour son pays, pour l’Europe et pour la paix. Face aux tentations de repli sur soi, la leçon de Briand vaut toujours pour qui veut développer la liberté et la fraternité entre les hommes .
Né à Nantes le 28 mars 1862, Aristide Briand, prix Nobel de la Paix, avocat remarqué pour son exceptionnel talent oratoire, journaliste révolutionnaire, compagnon de Jaurès, cofondateur du Parti socialiste, homme d’Etat et diplomate au service de la paix et de la construction européenne, fut député de la Loire puis député de son département natal, la Loire-Inférieure, de 1919 à sa mort en 1932. Il connaîtra un parcours exceptionnel au service de la France et de la République qui le conduisit à être 26 fois ministre et 11 fois président du Conseil.
Il fut le rapporteur du projet de loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, texte de réconciliation, de liberté, de justice et de concorde nationale qui fonde toujours la laïcité en France.
Il fut le promoteur, dans l’entre deux guerres, de la réconciliation franco-allemande, clé de voûte de la paix en Europe. Il œuvrera inlassablement au rapprochement des deux nations et à la construction des « Etats Unis d’Europe ».
A l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance, je tiens à rendre hommage à ce grand Européen, vibrant défenseur de la paix, de la liberté et de la fraternité. En mon nom et en celui du conseil municipal, j’ai fait déposer une gerbe de roses rouges place Aristide Briand, au pied de la statue de cet illustre Nantais.
Le mémorial de l’abolition de l’esclavage est désormais ouvert au public: c’est la concrétisation du combat engagé depuis le début des années 80 par tous ceux, associations, élus, historiens, militants, qui ont voulu et veulent regarder notre histoire en face pour construire une société plus juste, plus fraternelle, plus solidaire et plus ouverte. Une grande étape d’une très longue et douloureuse histoire.
Le mémorial de l’abolition de l’esclavage n’est pas un simple monument.
Il marque de manière solennelle et durable le rapport que doit entretenir Nantes et son territoire à son histoire de premier port négrier de France, à honorer la mémoire de ses victimes et à saluer le courage de ceux qui, là-bas et ici, esclaves, les premiers, abolitionnistes, hommes et femmes illustres ou anonymes des continents africain, américains du Sud et du Nord, européen, des Antilles et des Caraïbes, se dressèrent, se soulevèrent, se révoltèrent, menèrent et mènent le combat contre l’esclavage, résistent et résistèrent à toutes formes d’asservissements et d’avilissement de la dignité humaine.
Il ne s’agit pas d’opposer mémoires contre mémoires, mais avec force et vigueur, de proférer à l’égard de tout ce qui a porté atteinte à l’homme dans son humanité profonde, de tout ce qui a conduit des hommes à être humiliés, martyrisés, torturés, de tout système organisé pour emprisonner et vendre les êtres humains.
Il ne s’agit pas de saluer une communauté plutôt qu’une autre, mais de mobiliser autour de la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il ne s’agit pas d’une mémoire périodique et de circonstance, mais bien d’assumer notre histoire passée pour ne pas en devenir les victimes.
La grandeur d’un peuple se mesure à sa capacité d’assumer son histoire. Celle d’une société à s’avouer les crimes dont elle porte encore les traces. Celle d’un Etat à dénoncer les actes de barbarie que ses institutions ont pu cautionner. Celle de Nantes d’avoir su ouvrir les yeux sur son rôle dans l’ignoble trafic qui fonda une partie importante de sa richesse : l’odieux commerce triangulaire.
Nantes a su répondre, seule hier, avec la Région et le Département, à cet appel de la mémoire pour sortir de l’occultation et dire enfin son histoire sans honte et fausse pudeur, sans recherche de coupables ou esprit de repentance collective, parce que nous sommes comptables non de ce qui a été fait en dehors de nous mais de ce qui ne doit plus jamais être.
Ce Mémorial, s’il est un projet politique, destiné à interpeler les consciences, est aussi un projet artistique et urbain à la fois commémoratif et méditatif sur le lieu hautement symbolique du quai de la Fosse, point de départ historique des navires négriers nantais dans leurs expéditions vers l’Afrique et les Amériques.
En 1848, après l’abolition définitive de l’esclavage, on avait pensé que ses traces disparaîtraient si l’on cessait de l’évoquer. On a cru qu’il fallait résolument tourner le dos à ce passé, alors que la soumission au nouvel ordre colonial faisait perdre à l’abolition sa force émancipatrice.
Mais ce passé ne pouvait être oublié par des hommes et des femmes, descendants d’esclaves, pour qui cette mémoire est encore bien présente, parce qu’elle a laissé des séquelles douloureuses dans les cœurs et dans les esprits et dans les territoires concernés par la traite. Absente des manuels d’histoire pendant trop longtemps, l’histoire des Français descendants d’esclaves n’était pas reconnue comme partie intégrante de la culture nationale.
Il importe que la traite et l’esclavage ne soit plus, pour les uns et les autres, ni cette origine honteuse dont on croit qu’elle pèse comme une tache indélébile, ni cette faute que la mauvaise conscience nous pousse à cacher. Ces événements sont notre histoire, une histoire pénible, une histoire douloureuse dont nous entendons tirer les leçons.
Cette histoire doit rester vigilante afin de faire respecter et progresser les valeurs de l’humanisme profond qui sont les nôtres face aux regains de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme, aux tentations de repli sur soi que nos sociétés traversent en ce temps de crise.
Lutter contre toutes formes d’esclavages, c’est lutter contre tous les racismes, chacun à notre niveau. C’est lutter contre des conceptions et les idées nauséabondes qui voudraient qu’il y ait des civilisations supérieures à d’autres.
Lutter contre toutes les formes d’esclavages, c’est gommer le mot race de notre constitution parce qu’il a des effets de légitimation inverses de ceux voulus par la Loi fondamentale de la République.
Lutter contre toutes les formes d’esclavages, c’est aujourd’hui honorer la mémoire des victimes innocentes de la tragédie de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse et celles de nos soldats assassinés à Toulouse et à Montauban, victimes de l’antisémitisme et du fanatisme. Cette tragédie est nationale. Notre solidarité avec les enfants, les parents, les familles, les proches frappés par ces actes abjectes et odieux, le chagrin et la révulsion que nous partageons, cette horreur absolue nous appellent à nous dresser, tous ensemble, pour lutter avec toutes nos forces contre la haine qui a conduit à ces actes abominables.
Cette histoire de la traite, de l’esclavage, de ses abolitions doit rester vivante pour dénoncer et combattre toutes les formes modernes d’exploitation. C’est à cette douloureuse et inacceptable réalité, à cette mémoire engagée que répond le mémorial de l’abolition de l’esclavage.
A travers lui, Nantes se doit d’être une ville symbole en Europe pour le travail de mémoire et d’histoire sur la traite négrière, mais aussi de la lutte contre l’esclavage contemporain.
Nous avons surmonté tant de difficultés – le gouvernement ne fut pas à nos côtés -, tant d’oppositions, des débats existent et sont parfois encore vifs, mais ils doivent nous permettre de toujours d’avancer.
Car une nation est comme un individu : pour se construire, elle a besoin de savoir d’où elle vient, de quoi est faite son histoire et d’un esprit critique qui lui permette de se remettre en cause pour pouvoir progresser. C’est une histoire digérée et comprise en commun qui nous permet d’avancer, ensemble.
A l’occasion de l’inauguration du mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ce 25 mars 2012, j’ai appelé solennellement tous les citoyens français à lutter sans faiblesse contre toute forme de racisme, d’antisémitisme, de xénophobie, de discrimination, de servitude et d’exploitation de l’être humain dans le monde.
Implanté sur et sous le quai de la Fosse, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage n’a pas pour vocation d’expliquer et d’exposer l’histoire, mais de se souvenir, d’alerter et de transmettre un message universel. C’est un lieu méditatif, de recueillement et de réflexion sur l’esclavage d’hier et d’aujourd’hui.
Il sera ouvert au public dimanche 25 mars, j’ai le plaisir de vous proposer cette visite en avant-première!