Je suis certain que notre pays accomplirait un grand progrès en sortant la politique migratoire de ces postures simplistes et démagogiques. Elle est un défi considérable et durable qui appelle une réponse collective par delà les clivages démocratiques. Un diagnostic commun peut déjà réunir tous les républicains de bonne foi. La France ne peut pas accueillir tous les candidats à la venue sur son territoire. Une immigration mal régulée déstabilise les sociétés d’accueil et appauvrit les pays sources. Mais aucune politique de coercition ne suffira à stopper la vague. Il faut inventer une stratégie de co-développement où pays d’accueil et pays source assurent leur part de responsabilité dans la régulation des flux migratoires.
Son fondement est, à mes yeux, un rééquilibrage des échanges économiques. Tant que la France et les pays développés continueront de limiter l’accès de leurs marchés aux produits du 1/3 monde, il sera impossible à ses pays d’assurer leur développement et de maintenir leur population à demeure. Les négociations de l’OMC sont sur ce point essentielles.
En second lieu, je crois qu’il faut sortir du mythe de l’immigration zéro. La venue de travailleurs ou d’étudiants étrangers est source d’enrichissement réciproque. Nul besoin de quotas, de carte spéciale « talents et compétences ». Une circulaire ministérielle peut suffire à ouvrir un secteur comme ce fut le cas pour les informaticiens lors du passage à l’an 2000. La véritable novation est d’organiser cette mobilité avec les pays d’origine. Beaucoup de travailleurs migrants (notamment les cadres ou les saisonniers) souhaitent pouvoir exercer temporairement leur activité sur notre territoire puis revenir au pays. La crainte de perdre leur titre de séjour les conduit souvent à rester en France. C’est ce droit à l’aller/retour qu’il faut assouplir.
Enfin, pour moi, le troisième volet d’une politique d’immigration doit être de sécuriser le séjour des étrangers en situation légale, via notamment l’attribution plus simple de la carte de résident. En contrepartie ceux qui veulent résider durablement sur notre territoire doivent respecter un certain nombre de devoirs : maîtrise de la langue, connaissances de notre pays, respect de ses lois et de ses traditions démocratiques. De tels dispositifs requièrent une modernisation et une augmentation des ressources affectées aux organismes administratifs chargés de gérer les flux migratoires. Ces administrations sont trop souvent les parents pauvres de l’Etat alors que leur technicité requiert les meilleures compétences.
Je suis convaincu qu’il y a dans cette nouvelle approche des questions migratoires les bases d’un consensus républicain qui s’inscrive dans la durée. Elle demande du temps, de la constance, des moyens, toutes choses qui font depuis trop longtemps défaut à la politique de l’immigration en France et en Europe. L’étranger doit cesser d’être l’otage de nos difficultés intérieures.

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