Deux jours avant un discours de Nicolas Sarkozy à Toulon sur “les conséquences que la France et l’Europe doivent tirer des crises”, on nous annonce un grand discours. Il y a eu Toulon 1 (premier discours sur la crise le 25 septembre 2008), vous aurez Toulon 2.
A travers ces discours, vous avez toute la politique de Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire des promesses jamais tenues, des effets d’annonces brillants. Mais derrière les mots, c’est le vide. J’ai regardé chapitre par chapitre, aucun des engagements pris par Nicolas Sarkozy dans le discours de Toulon n’a été tenu. Démonstration:
Réformer le capitalisme financier: «L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute-puissance du marché était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle. »
« Si l’on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier est une priorité. »
« La crise que nous connaissons devrait amener à une restructuration de grande ampleur de tout le secteur bancaire mondial. »
Conclusion: Il n’y a pas eu de régulation, les Etats ont été attaqués par ceux qu’ils ont sauvés.
Revoir la rémunération des dirigeants d’entreprises: « Je n’hésite d’ailleurs pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être désormais encadrés. Il y a eu trop d’abus, il y a eu trop de scandales. »
Conclusion: Il n’y a pas eu d’encadrement. Tous les amendements des socialistes sont systématiquement retoqués, comme celui cette semaine de Jérôme Cahuzac sur la surtaxation des retraites chapeaux et les rémunérations annuelles dépassant 1 million d’euros.
Réformer le système monétaire: « La monnaie est au cœur de la crise financière comme elle est au cœur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux. Et si l’on n’y prend pas garde, le dumping monétaire finira par engendrer des guerres commerciales extrêmement violentes et ouvrira ainsi la voie au pire des protectionnismes. »
Conclusion: L’euro reste toujours aussi fort, il n’y a pas eu de rééquilibrage.
Mieux intégrer les salariés aux choix stratégiques de leur entreprise et les faire bénéficier des bons résultats: « Et si les dirigeants sont intéressés au résultat, ce qui est une bonne chose, les autres salariés de l’entreprise, notamment les plus modestes, doivent l’être aussi car eux aussi contribuent à la richesse de l’entreprise. Si les dirigeants ont des stock options, les autres salariés doivent en avoir aussi ou à défaut bénéficier d’un système d’intéressement. Ce sont des principes simples qui relèvent du bon sens et de la morale élémentaire sur lesquels je ne céderai pas. »
Conclusion: « La prime sur les dividendes » ne concerne que 2 millions de Français, qui ont touché en moyenne entre 100 et 600 euros (loin des 1 000 euros promis par François Baroin). Le projet de règle des trois tiers concernant le partage des richesses a été abandonné.
Agir contre les paradis fiscaux: « Mais il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent, celle des paradis fiscaux »
Conclusion: Le système de conventions fiscales entre états n’a pas été probant, comme l’a avoué Valérie Pécresse lors de sa conférence de presse du 24/11
La recherche des responsabilités: « Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage doivent être sanctionnés au moins financièrement. L’impunité serait immorale. »
Conclusion: Aucune poursuite n’a été engagée
La fin des ventes à découvert: « Mais il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent,(…) celle des conditions dans lesquelles s’effectuent les ventes à découvert qui permettent de spéculer en vendant des titres que l’on ne possède pas »
Conclusion: Les ventes à découvert sur quelques grandes entreprises financières sont certes provisoirement interdites, mais celles concernant les produits d’assurance sur les titres (les fameux CDS) ne le sont toujours pas. Elles restent un des problèmes majeurs de la spéculation.
La réforme des agences de notation: « Il va falloir contrôler les agences de notation dont j’insiste sur le fait qu’elles ont été défaillantes. Et désormais, aucune institution financière, aucun fonds ne doit être en mesure d’échapper au contrôle d’une autorité de régulation. »
Conclusion: On reste dans la même situation d’oligopole avec trois agences qui dominent le secteur. Les socialistes proposent d’établir une agence de notation européenne pour assurer un contrôle effectif du risque encouru par le secteur bancaire en Europe.
La maîtrise de la dette: « L’État ne peut pas indéfiniment financer ses dépenses courantes et ses dépenses de solidarité par l’emprunt parce qu’un jour il faut bien payer ses dettes »
Conclusion: Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy lançait un grand emprunt de 35 milliards d’euros. Depuis dix ans, la dette a augmenté de 788 milliards d’euros. Une grande partie est due aux choix irresponsables du gouvernement, comme les 75 milliards d’euros de cadeaux fiscaux depuis 2007.
Pas de politique d’austérité: « Dans la situation où se trouve l’économie, je ne conduirai pas une politique d’austérité parce que l’austérité aggraverait la récession. Je n’accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d’achat des Français. »
Conclusion: Les Français ont payé cher la facture de la crise et du sarkozysme : création d’une quarantaine de taxes avec un impact sur la vue quotidienne des Français, augmentation de la TVA, non indexation du barême de l’impôt sur le revenu (mesures du collectif budgétaire de cette semaine)
La défense des PME: « Au capitalisme financier, il faut opposer le capitalisme des entrepreneurs. À côté de la valeur travail, il faut remettre l’esprit d’entreprise au cœur du système de valeur de l’économie. »
Conclusion: Les PME paient en proportion plus d’impôts que les grandes entreprises du CAC40
Une fiscalité écologique: « S’il faut moins taxer l’investissement, moins taxer le travail, moins pénaliser l’effort et la réussite, moins taxer les produits propres, il faut en revanche davantage taxer la pollution.»
Conclusion: Aucune ébauche de fiscalité verte depuis l’abandon de la taxe carbone, économiquement injuste et écologiquement inefficace. Les niches vertes comme le crédit impôt développement durable sont remises en cause.
Il n y aucune attente à avoir du discours de Toulon 2!
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Félicitations pour ce beau travail de rappel. Merci.
C’est clair et net, c’est ce qu’il faudra sans cesse répéter d’ici l’élection. Une question à lui poser pour les déplacements du non candidat aux frais de la république : pourquoi ne fait-il pas une conférence de presse plutôt qu’un déplacement grand spectacle à grands frais à Toulon ?