J’ai ouvert ce matin le congrès national de la FNARS, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale qui regroupe 850 associations et organismes publics qui, ensemble, gèrent plus de 2 700 établissements et services au service des plus démunis.
Je suis heureux que la FNARS ait choisi Nantes pour, 2 jours durant, réinterroger la notion de solidarité : cette valeur essentielle, souvent invoquée, trop fréquemment galvaudée, mérite davantage qu’une compassion de façade, ou des gesticulations médiatiques, auxquelles on assiste malheureusement, au gré des faits divers.
La solidarité, c’est l’un des piliers fondamentaux de notre pacte républicain, cette «fraternité» qui suit la liberté et l’égalité. Sans la Fraternité, la Liberté et l’Egalité ne suffisent pas. Elle les associe et les cimente en une cause commune, celle de la solidarité mutuelle qui réunit les intérêts et les sentiments, les efforts et les espérances en la justice sociale.
Selon l’INSEE, plus de huit millions de personnes vivent aujourd’hui en France sous le seuil de pauvreté, avec moins de 950 euros par mois, soit 13,5% de la population française, en augmentation de 0,4% depuis 2006. Plus frappant encore, le taux de pauvreté des enfants de moins de 16 ans a bondi de plus de 3%, atteignant le nombre indécent de 2,15 millions d’enfants pauvres en France.
Cette situation dans un pays comme le nôtre est intolérable.
Il est inscrit dans les articles 10 et 11 du préambule de notre Constitution : « La Nation garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence ».
Ceux que l’on aide ainsi ne sont pas des assistés, des profiteurs ou des fraudeurs : les pauvres n’ont pas choisi d’être pauvres. Ils ont le visage de ces ouvriers au chômage, dont l’usine a fermé. De ces jeunes qui galèrent, de stages en petits boulots. De ces mères célibataires, auxquelles on impose des temps partiels fractionnés. Ils connaissent trop bien la valeur du travail, ceux qui en manquent tant. Les stigmatiser davantage, les marquer au coin de la défiance et du soupçon, cela est indigne de notre société. En tous cas de celle à laquelle je crois et pour laquelle je continuerai à me battre.
A ce sentiment de peur et d’impuissance qui gagne nos concitoyens, nous devons répondre à la fois en traitant l’urgence, en garantissant au quotidien nos conditions de vie, tout en construisant ensemble les bases d’un nouveau projet politique pour une nouvelle période de développement. Cet avenir dépend de nous, de notre confiance à vouloir changer les choses, de la confiance dans les valeurs de solidarité et de justice sociale que nous portons, de notre capacité à travailler ensemble, à anticiper, et surtout de notre persévérance.
Certes, nos moyens d’agir ne sont plus les mêmes qu’avant la crise, les financements publics sont mis à rude épreuve par la crise des dettes souveraines, l’impact de la réforme fiscale, le retrait de l’Etat dans le financement des politiques sociales ou du logement. Mais notre responsabilité en tant qu’élus est de garantir nos actions et nos missions de service public, de garantir le juste équilibre de nos recettes, de nos dépenses et de nos investissements pour l’avenir. Avec moins nous devons faire autrement, et mieux.
Avec les partenaires institutionnels et associatifs de l’action sociale, nous devrons œuvrer collectivement et nous montrer particulièrement vigilants face aux situations de précarité déjà identifiées, et à celles que l’on pressent malheureusement pour l’avenir : il ne faut relâcher ni notre attention, ni notre écoute envers les plus fragiles, en leur apportant le soutien nécessaire pour enrayer le cercle vicieux de la précarisation, mais aussi en développant des stratégies de prévention en direction de tous, pour répondre au défi du maintien de la cohésion sociale.
Si notre modèle social fondé sur la solidarité nationale est largement remis en cause, et que de nouveaux risques apparaissent, il est primordial de s’interroger sur la place et la responsabilité de tous les acteurs de la solidarité, à commencer par celui de l’Etat, garant de la solidarité nationale.
Depuis plus de vingt ans, nous avons fait le choix, à Nantes, de mener une politique volontariste, qui veille à répondre sans cesse aux défis de la solidarité et de la justice, et ce, dans l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre sur notre territoire.
Pourtant, on constate, à Nantes comme partout ailleurs, les limites de l’action locale.
Et à l’heure où les besoins sont immenses, on ne peut que déplorer le désengagement financier de l’Etat.
Les collectivités locales et le monde associatif ne peuvent à eux seuls pallier l’absence de volonté politique au sommet de l’Etat. Sans l’impulsion du Président de la République et du gouvernement, nous ne pouvons que gérer l’urgence, tant bien que mal, et nous y arrivons de plus en plus difficilement devant l’afflux de nouveaux publics.
Pour le Président de la République et son gouvernement, déléguer le traitement des situations d’urgence à des associations, c’est s’en débarrasser, c’est se défausser, c’est abandonner à d’autres une mission que l’on ne veut plus assumer soi-même.
Ce n’est pas notre conception de l’action publique envers les Français les plus vulnérables. Le futur Président de la République devra fixer un cap et des objectifs à moyen terme.
L’action sociale s’inscrit, par nature, dans un temps long qui ne cède rien à l’immédiateté.
Travailler sur l’humain exige de la patience et de la constance dans les choix, deux qualités qui ont singulièrement fait défaut aux politiques menées depuis 5 ans.
Stefan Zweig le disait, « Ils seront toujours nécessaires ceux qui indiquent aux peuples ce qui les rapproche par-delà ce qui les divise et qui renouvellent dans le cœur de hommes la croyance en une plus haute humanité ».
Cette plus haute humanité, c’est en chacun de nous qu’elle doit trouver un avocat ardent, un infatigable militant!